ANTERIORITE
Et quand ce serait un royaume,
Je ne vois pas, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l’octroi
À Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi... »
   
   La loi du premier occupant dont se prévaut, bizarrement, Dame Belette pour s’emparer du logis du petit lapin dans la célèbre fable de La Fontaine, est bien d’actualité.
   Telle fut l’ambition des humains pour se disputer les morceaux de terre émergée et souvent ce fut le chat qui triompha.
   Dans la stupide censure de la RATP sur les affiches du concert des Prêtres au profit des Chrétiens d’Orient, l’indignation des internautes a fait pencher la balance, ce qui est heureux. Mais pour une cause légitime du moins aux yeux de la majorité des Français, combien de causes importantes ne mobilisent personne ?
   S’il faut remonter aux débuts des choses, certes, la Chrétienté existe dans l’Orient depuis deux mille ans, puis s’étendit au Moyen-Orient, les Balkans et l’Occident. Les Chrétiens qui étaient majoritaires au commencement de la prédication de Mahomet sont, au cours des siècles devenus minoritaires par conquête ou conversion forcée ou pas. Rares furent les indignations des chrétiens éloignés des zones de conflit. Rares furent les mobilisations prêchées par les ecclésiastiques ou les Papes. La première croisade, prêchée par Urbain II en 1095 voulait délivrer l’Espagne des Maures, puis les croisades furent entreprises pour « délivrer les lieux saints », ce qui sous entend qu’ils avaient été pris par les Musulmans. Or les pèlerins y accédaient sans problèmes, moyennant finances, jusqu’à ce que Saladin s’empare de Jérusalem le 2 octobre 1187, et décide de les empêcher d’aller s’y recueillir. (Ceci est un raccourci, naturellement.) Mais ce sont bien les Musulmans qui ont envahi des terres chrétiennes et non l’inverse pour la simple raison que le Christianisme est né sept siècles avant l’Islam : élémentaire, mon cher Watson !
   En ce qui concerne l’Afrique du Nord, elle était Chrétienne bien que fort divisée. Ariens, Manichéens, Catholiques Romains etc... se tiraient dans les pattes si bien que les Musulmans n’eurent pas beaucoup de peine à s’unir aux uns pour battre les autres et ensuite se retourner contre leurs alliés d’occasion qui avaient tiré pour eux les marrons du feu.
   Les lieux ont une longue mémoire. Les Français établis en Algérie par la grâce d’un Roi très Chrétien, Charles X qui ne fit pas long feu, et qui étaient pour la plupart fort peu catholiques furent toujours perçus par les Musulmans comme des « Roumis » descendants des Romains de Saint Augustin de Tagasthe- Ô ironie ! – et surtout comme des « Nazaréens » adeptes du Christ.
   Le nettoyage ethnique de la guerre d’Algérie fut encouragé et finalisé par De Gaulle qui se voulait catholique fervent. C’est donc encore une fois à un Chrétien que l’on doit l’éradication de la religion chrétienne sur la terre antérieurement chrétienne d’Algérie. Même si l’animal était fort peu catholique dans son orgueil luciférien...
   Lorsque les Ottomans étendirent leur empire sur l’Europe jusqu’aux portes de Vienne, ce fut au détriment des peuples chrétiens asservis et en partie convertis. Si bien que lorsque les Serbes catholiques s’opposèrent aux prétentions démographiquement appuyées des Albanais musulmans, l’occident pris massivement parti pour les musulmans, bombardèrent les Serbes et les contraignirent à se contenter d’une patrie amputée des lieux les plus sacrés pour eux. Quelle logique dans cette politique ? Sinon l’aveuglement des Occidentaux. Bien rares furent alors les voix qui s’élevèrent pour signaler ce déni de justice... J’en fus. Ma pauvre voix ne fut guère écoutée ni comprise.
   Aujourd’hui, je lis Pierre Vermeren, professeur d’histoire du monde arabe contemporain à l’Université ParisI –Panthéon Sorbonne qui s’effare du nettoyage ethnique qui dévaste le Moyen-Orient et menace notre pays et tout l’Occident, ou Pascal Bruckner, de retour d’Erbil et des camps qui écrit : « Les Chrétiens d’Orient ne sont pas des bonnes victimes, ils n’ont pas la cote. Au kilomètre sentimental, la vie d’un Chrétien d’Orient, arabe lui aussi, vaut mille fois moins que celle d’un Palestinien de Gaza. Cette hémiplégie du regard est stupéfiante. »
   Je leur dis, nous, Français : Catholiques, Protestants, Juifs, libres-penseurs, athées, nous avons connu cet ostracisme, mesuré l’incroyable stupidité des journalistes et des « penseurs » de Saint Germain des Près. Nous avons subi l’abominable abandon du Chef de l’Etat d’alors que vous vénérez encore. Ce qui se passe aujourd’hui en France, nous l’avons prévu, écrit, publié quand cela nous fut possible. Nous n’étions pas de bonnes victimes.
   Vox clamans in deserto... Le désert de l’imbécillité c’est maintenant. Il est bien tard pour crier.
                                                 Geneviève de Ternant
                                                       Avril 2015

Mis en page le 11/04/2015 par RP